Toujours finir, mais avec panache ! Un UltraTrail du tour des Cirques somptueux.

Toujours finir, mais avec panache ! Un UltraTrail du tour des Cirques somptueux.

Pierre sur l’ultratrail du Tour des Cirques : 134 kilomètres entre doutes, émerveillement et sprint final.

Trois départs, trois arrivées, et toujours la même question : comment un Vendéen qui ne grimpe pas vite parvient-il à terminer le Tour des Cirques ? Je ne suis pas un montagnard, mais un Vendéen. Et encore pas du bocage dirait Angéline qui vient de la Flocellière. Quand je regarde autour de moi je vois des coureurs plus fins, plus endurants, plus rapides. Pourtant il doit bien y avoir quelque chose qui favorise ces arrivées. Je m’interroge

De plus, raconter mes courses devient compliqué.  Ma psychanalyse se termine peut-être ? Cependant je dois dire que j’ai encore pris un énorme plaisir sur ce tour des Cirques du Grand Raid des Pyrénées.

Toujours est-il que même pour la 3ème fois j’ai encore une fois adoré cette promenade, ce voyage, cette course. J’ai beau commencer à connaître le parcours, je découvre toujours de nouveaux coins au gré des modifications du GRP et je m’émerveille toujours autant des splendeurs que la nature pyrénéenne nous offre.

Pourquoi retourner sur l’Ultratrail du tour des Cirques ?

Bon prenons les choses dans l’ordre. Pourquoi m’alignai-je au départ du Tour des Cirques pour la 3ème fois ? Pourquoi s’infliger un UltraTrail de 134km et 7352m de dénivelé positif ? Parce que c’est beau. Je trouve cette course magnifique. Parce que l’an passé j’ai été détourné avant la Glère et je veux y aller par ce chemin. Parce que c’est beau. Parce que j’ai mal géré ma nuit et je veux réussir une belle nuit. Parce que c’est beau. Parce que c’est un réel défi physique et psychologique. Parce que c’est beau. Je l’ai déjà dit ? Pour savoir à quel point c’est beau je vous invite à relire le CR de Flo Tenailleau.

Pourquoi pas une plus grande distance ?

Et pourquoi ne pas tenter plus ? « Hey Pierre pourquoi tu ne fais pas l’ultra 160 ? » Je pense sincèrement qu’à l’heure actuelle ce 120km est mon plafond de verre. Pour enquiller le 160km – qui offre pourtant davantage de partie plus « roulantes », il faut être un bon grimpeur. Or je ne sais pas monter « fort ». J’ai un petit rythme, j’en suis bien conscient. La soi-disant « puissance » dans les grosses cuisses n’existe pas. De plus les barrières horaires sont assez resserrées. Je me rappelle très bien le début de course du tour des Lacs en 2022. Or c’est plus court de 30’ aux Merlans dès le départ, d’un quart d’heure à la Mongie, etc. Il faudrait de plus lancer une préparation sérieuse et longue, ce que je me refuse à faire. La priorité reste la famille et le boulot.

Une préparation tronquée et non scientifique

D’ailleurs après 15h d’entrainement en juin (dont une sortie de 1000D au pont des souffrances) et 30h au mois de juillet (dont 13h pour un Aquaterra non terminé, vive la canicule), il est temps de s’y mettre. Ce serait le moment de faire plus d’une sortie par semaine.

Un jour je paierai le manque d’adaptation, de progressivité et le non-respect de la « ligne rouge ». Sur les 2 dernières semaines de juillet c’est 9 jours d’entrainement sur 14 dont des bi-quotidiens (vélo et/ou course à pied). Puis en août c’est 9 jours d’entrainement en 13 jours avant la dernière semaine d’affutage (2 run tranquilles). J’ajoute à cela une petite muscu de 1001 fentes sautées réalisée à 4 jours de l’échéance (bon timing pour tout foirer). Bref 5 semaines de prépa. Absolument aucun fondement scientifique respecté, aucun respect des charges sauf pour l’affutage (et encore lors de la dernière semaine au lieu des deux dernières). Comme dit si bien le roi Arthur : « Parce que, je ne sais pas comment vous dire, c’est systématiquement débile, mais c’est toujours inattendu ! »

N’empêche. Après avoir bien emm**dé Angéline avec le fameux : « Je ne suis pas prêt. Ça va être dur ! » Je me sens super bien la dernière semaine. Prêt à débuter une prépa. Après un voyage, sommes toutes, sans histoires, nous débarquons au retrait des dossards Thomas, David, Clément, Alban et moi le jeudi, veille de course. Rien à signaler à part que les orages prévus devraient passer avant et après la course. Cool ! Comme narré à David durant le trajet aller, je ne suis pas câblé psychologiquement pour 5h de pluie sur la tronche.

Pour la suite de la lecture, une précision. Je donne des temps et des allures, dans le seul but de donner des repères à ceux qui voudraient faire la course ultérieurement.

Piau-Piau : Entrer immédiatement dans la course

 7,1km 481 D+ et 481 D-

Clément, Thomas, Ben et David m’accompagnaient… sur la ligne de dpéart. Après il fallait aller plus vite.

Départ de Piau, 7h. Après une multitude de pause techniques, nous prenons le départ sans voir Maximillien, Nicolas ou encore J-C. J’espère secrètement ne pas être trop loin de Max, JC et Ben Joyau. A l’entrainement nous sommes proches. C’était sans compter leur prépa sérieuse et l’expérience de JC. Dès le départ Ben s’éloigne, Alban Clément et David également. Je suis très agréablement surpris de faire la première ascension en compagnie de Thomas. C’est vraiment trop top de pouvoir partager ce petit moment de course, même si je dois m’accrocher un peu. Thomas, comme la personne empreinte de sagesse qu’il est, prend un départ prudent (pour moi c’est assez rapide). A la faveur d’une pause technique je le dépasse dans la descente que j’avale en 1h13 (+2’ par rapport à l’an passé). Je suis dans les temps impartis. Je m’étais fixé 1h30 pour cette première partie. 5’ au ravito et me voilà avec 10’ d’avance sur mes prévisions et 25’ sur la BH.

Le temps est brumeux. Nous sommes dans les nuages mais le soleil perce parfois. La longue litanie des traileurs débute l’ascension du port de Campbieil, sommet de ce tour des Cirques.

Cette première boucle, peu appréciée des coureurs, je l’aime bien. Avec la BH en bas au bout de 7km, tu es obligé de te mettre directement en mode « course » enfin un gars peu rapide comme moi qui vise l’arrivée. Donc ça papote un peu mais moi j’enquille. Et si la météo est au rendez-vous tu te retournes et tu admires le cirque de Piau.

Piau- Gèdres : Le rythme régulier du ventre mou

17,5km 770D+ et 1600 D-

La montée au port de Cambieil est agréable, bien qu’actuellement dans les nuages et donc un peu humide. Nous formons une longue file ininterrompue au début. Si l’euphorie du début de course marque la phase d’approche, certains te passent en courant vite, lorsque les premiers pourcentages se dessinent sous nos pas, plus personne n’ose demander le passage. Et peu à peu la longue colonne se brise au rythme de chacun. Je suis bien dans mon rythme, régulier à 17’/km environ. Donc comme je disais, petit rythme. Mais c’est suffisant pour ne pas me faire doubler et revenir sur des grappes de coureurs. J’ai très vite acté le fait de faire ma course tout seul. J’ai mon prévisionnel avec moi et je ne pars pas dans l’inconnu, seulement dans la brume. D’ailleurs au sommet le vent frais nous force à vite redescendre sans prendre le temps d’admirer le non-paysage. La partie raide du début de descente est prise avec prudence de ma part et de la part d’une dame devant. Un bouchon se forme et se perpétue dans la partie où j’aimerais courir. Je dois déployer quelques trésors de vivacité et d’équilibre pour pouvoir passer la demi-douzaine de coureurs. La fin de descente se fait agréablement mais je regrette ce léger retard, dans le sens où j’aurais pu me faire plaisir plus tôt. Je trottine et cours tout en prenant bien garde de ne pas envoyer trop de gaz (métaphore automobile) afin de préserver les cuissots. 10km de descente d’entrée de jeu ça picote, tout comme le fait qu’il y a 1600m de dénivelé négatif d’entrée de jeu.

La descente est tout de même bien roulante passée la 1ère partie. Le ciel se découvre peu à peu, la météo revient de notre côté. Les longues estives enherbées se déroulent au rythme de ma foulée, quel plaisir intense. La fin de section en forêt le long du ruisseau de Cambieil est bien raide et je ralentis un peu. La relance avant d’arrivée est un peu rude mais j’arrive à 11h35 à Gèdres, sur la petite place au pied de la piste de bob-luge. Il n’y a pas grand monde. Un rapide coup d’œil sur le téléphone m’apprend que les copains sont passés pour les derniers il y a 10’. Ils n’ont pas trainé. Je me ravitaille et prends le temps de bien manger. J’y passe 13’. Rétrospectivement c’est un temps long mais qui m’a aidé par la suite grâce à une nutrition bien optimisée. Fromage, jambon, un fond de coca dilué avec beaucoup d’eau. Et je bois, je bois, je bois.  

Gèdres- Gavarnie : plénitude et paysages

 10km, 777 D+

Une ascension par Saussa vers le gite de Saugué, en forêt. Je trouve l’ascension agréable. Nous sommes souvent en forêt mais des passages nous offrent de belles vues sur la vallée de Gavarnie, et l’autre versant avec les granges de Coumély. Le soleil est là et c’est encore une fois très agréable. Je relance sur les parties plates et sur la descente avant de joindre Gavarnie. Je double un peu en descente mais je me suis fait doubler en montée. C’est plus ou moins le même classement qui m’attend à Gavarnie, 592ème. J’ai perdu 11 places. C’est beaucoup moins que lors de la section précédente. A Piau j’étais 509 et à Gèdres 581. En fait tout s’est joué au redémarrage du ravito de Piau. Car après j’ai plutôt doublé.

Le cirque de Gavarnie. Les touristes croisent les coureurs de l’ultratrail.

J’en reviens à Gavarnie. Le Temps passé sur le ravitaillement s’allonge encore. 23’. Mais c’est l’endroit de ma pause technique n°1 sur Ultratrail (environ 40km), de la soupe chaude, encore de la soupe. Je mange encore et encore, fromage, jambon sec. J’enquille un coca et de l’eau. Je sors, refais le plein comme à chaque fois en mettant cette fois une demi-pastille d’électrolytes dans chaque flasque. Le temps est au beau fixe, le soleil est sorti et je transpire. Alors une ‘tite pastille. Je les ai essayés sur l’Aquaterra et ça passe bien pour moi (gout orange) si je n’en mets qu’une demi. De Gèdres à Gavarnie, pour conclure sur cette partie, j’avais estimé que j’arriverais à 14h45. J’y arrives à 14h14. Et j’en repars 23’ plus tard. J’ai donc encore pris de la marge sur mon prévisionnel. J’ai 1h20 d’avance sur la BH. D’ailleurs je n’y pense pas.

Gavarnie- refuge des Espuguettes : touristes et misanthropie

7,7km 652 D+

Cette partie est, là encore, magnifique. Nous sortons du ravitaillement en slalomant gentiment entre les cohortes de touristes, familles en balade puis en randonnée vers le splendide cirque de Gavarnie. Nous prenons la rive gauche du gave de Pau et nous cheminons avec moins de touristes vers l’hôtellerie du cirque. Quelques regards enamourés vers ce mur circulaire exceptionnel et je braque à gauche après l’hôtellerie pour attaquer les balcons.

Depuis mon 1er passage nocturne en 2019, j’adore ce passage. Un peu plus aérien de jour (en 2019 un bénévole nous enjoignait d’être bien prudent), sans être particulièrement dangereux, nous dominons la vallée et passons sous la roche à de nombreux moments. Et puis cela correspond au moment clé de séparation avec les grappes de touristes de Gavarnie. En course, revoir la civilisation et la société est plaisant, y compris quand cette société ignore les raisons de votre présence et trouve absurde la démarche de courir autant. En revanche mon côté misanthrope prend vite le dessus et je suis satisfait de quitter tout ce petit monde pour me retrouver seul.

 Je chemine un long moment derrière un concurrent qui passe des coups de fils à tous ses amis. Sur ultratrail, tu as du temps. Je ne le double que tardivement et pas pour très longtemps. Il ne cesse de s’exprimer et marche à bonne allure tandis que je reste dans sa foulée un moment en ayant le sentiment de ne pas trainer. Au refuge de Paillat il me repassera devant.

C’est le moment choisi pour sortir de la forêt et attaquer l’ascension vers le refuge des Espuguettes. Encore une fois je me souviens qu’en 2024 nous étions avec Angéline et les filles en excursion pour y dormir avec deux fillettes de 3ans et demi et 6ans à peine. L’ascension est sans surprise. Nous grimpons les pentes herbues par le chemin en lacets. Nous voyons le refuge de loin, petite maison triangulaire qui s’avère au fur et à mesure bien plus grande de près que de loin. Les nuages sont revenus et nous cachent la brèche de Rolland.

La fraicheur du vent montant ne me fait pas trainer. 13’ pour ce ravito. J’enquille quand même 3-4 soupes chaudes. La hourquette d’Alans est cachée par les nuages très bas. 603ème aux Espuguettes, parmi les bénévoles déguisées en schtroumpfettes. Passage à 16h38. J’ai encore récupéré 22’ sur mon prévisionnel, j’ai 1h54 d’avance sur la BH.

Espuguettes-Gèdres retour : ascension efficace pour descendre

16,4km 488 D+ et 1500 D-

La hourquette d’Alans est dans les nuages. D’ailleurs la montagne est dans les nuages. Le brouillard est assez épais et bientôt on ne voit plus au-delà de 100-200 mètres. Connaissant l’ascension cela ne me perturbe pas. De toute façon la montre est réglée sur l’altimètre et j’ai sur mon prévisionnel mis les points hauts à atteindre. Hourquette d’Alans 2430 mètres. Le rythme est toujours raisonnable (pas vif quoi). Arrivé en haut, nos traditionnels gendarmes du PGHM sont là. Quelle gentillesse, patience et courage. A ce moment-là il fait froid, c’est humide. Je n’aimerais pas être à leur place. Je m’assieds et mange une barre de céréales.

Je repars en trottinant dans la descente. Puis je cours. Je me sens bien et seul. Dans le faux-plat et sur le plateau suivant j’essaye de rejoindre un groupe pour me motiver. J’en rattrape un premier. En fait je me rends compte que j’ai du mal à relancer sur le plat. Entre le début de course, la descente que je viens de faire à un bon rythme et le fait également que la prépa ait été courte, je n’ai pas beaucoup réappris à courir. Du coup je me cale dans les pas des deux gars et de la fille. Nous arrivons au lac des Gloriettes. Il est encore bas et dans la brume. C’est tellement décevant. Moi qui étais tombé en pamoison devant ce lac en 2019…

En cheminant je discute avec les plus âgé des deux. Il me confie souffrir de sa hanche. Pour lui après de nombreux ultra, celui-ci sera son dernier, peu importe le résultat. J’essaie de le motiver un peu. Au cours de l’échange je parle de mon entrainement. C’est alors qu’il me sort un très gentil : « Si tu as fait une prépa aussi courte, tu es à ta place à la fin du peloton ! » Ouchhh ! Je rigole gentiment.

Sur ce j’accélère et essaie de me caler « dans les roues » du groupe de trois juste devant. J’y parviens sur le plateau de Coumély. Je les suis puis les dépasse. La descente du Hount de Clouzet (650D- en 3km) me tabasse un peu les cuisses. Je choisis de marcher et d’en profiter pour passer un coup de fil à Angéline. Elle m’accompagne sur presque toute la descente. Je me fais reprendre par le 1er groupe. J’arrive à Gèdres après 13h40 de course soit 4h03 depuis le refuge des Espuguette. J’ai de nouveau gratté 40’ sur les BH, sans forcer plus que ça, pour un cumul de 2H34 d’avance.

Je choisis d’aller m’allonger 10’ sur un lit de camp pour refaire des jambes. L’expérience vécue de la section suivante m’engage à la prudence. Je mange assez bien et je repars juste avant la nuit mais avec la frontale.

Gèdres- Luz Saint Sauveur : une purge nocturne prévue

14,5km et 783 D+ 1111 D-

La suite je pense la connaitre. Je vais l’effectuer pour la 3ème édition. Je n’aime pas ce passage. Je le crains. D’ailleurs je suis convaincu que la course débute maintenant. Je me suis dit que la course avait réellement lieu du 60 au 90ème km (finalement 30 bornes sur un ultratrail de 130…), soit de Gèdres à Tournaboup. C’est l’endroit où je pense rencontrer les difficultés les plus importantes pour moi. La section Gèdres-Luz ne fait pas peur de prime abord. Le profil semble anodin. Deux petites bosses avant de rejoindre la base de vie. Une première ascension où l’on gagne 400m d’ascension et une seconde avec à peine 200m d’altitude par rapport au point le plus bas. Mais l’analyse topo nous révèle en revanche davantage de D+ entre les 2 et un dénivelé négatif qui cache des choses. Arrode et la Croix de Sia. Deux belles vacheries. Si vous en parlez à Cyril Varennes, il devrait vous narrez gentiment cette « charmante » partie qu’il a faite l’an passé. C’est bourré de dévers, de quelques racines et pierres pénibles. Et surtout on n’a jamais l’impression d’en venir à bout. Aucune vue dégagée. Le sommet ne s’aperçoit pas, et pour cause, dès qu’on grimpe 2m, on redescend 3 ou 4. C’est ultra irrégulier.

Pourtant, préparé psychologiquement, je me sens plutôt bien. Ca se confirme dans la section. Je ne subis pas le terrain. Pas de fatigue majeure. De l’essoufflement quand ça monte un peu trop raide mais rien d’anormal. Je rattrape un duo. Nous discutons un peu avec les Nantais. Je rattrape un autre duo de filles. Deux sœurs ? Une mère et sa fille ? No sé. Je poursuis et pointe le haut d’Arrode. La descente est du même acabit. C’est compliqué de le courir de nuit. Je remonte vers la croix de Sia. Petit ravito « improvisé » toujours agréable. Un thé et c’est reparti. Dans l’ascension de la croix de Sia je sens que le sillon interfessier est bien échauffé. Mais j’ai tellement la flemme de me badigeonner le SIF de Mitosyl. Je poursuis. Arrivé en haut je sens qu’il faut y faire quelque chose. Tant pis. Je me fais redoubler car tout le monde s’est un peu regroupé. Une bonne dose de crème et ça redescend. Nous arrivons en vue du quartier des thermes. Ça y est Luz est là ! Bon encore une fois je râle un peu. Moins que l’an dernier ou j’avais explosé de rage. Mais bon… Une fois de plus le chemin le plus long est trouvé pour aller à la base vie. Entre 2300m et 1000m, entre 90m de D+ et 30mde D+ ? Que choisir ? Au GRP on prend la version longue.

Luz saint Sauveur entrée – Luz saint Sauveur Sortie (base de vie)  « tout cramer pour repartir sur des bases saines » Léodagan de Carmélide

Il est 1h25 lors de mon arrivée. J’ai mis 4h44 pour un prévisionnel de 4h50. J’ai 2h20 d’avance sur la BH et 1H sur mon tableau de marche. C’est top. J’ai prévu de m’arrêter 1h pile. Mais… Je prends mon sac de base de vie et mets ma montre à charger. Je fais la queue pour les kinés tout de suite. 2 kinés cette année. J’attends un peu (10-15’) et c’est à moi. Pas de douleurs particulières. Il faut juste remettre les jambes à neuf. Sans ma montre, la kiné va me garder hyper longtemps. Le temps de manger par la suite et je sors au bout d’une heure quarante ! Waouh. C’est trop. Heureusement que j’avais de la marge. J’ai tout cramé ! Je constate que les gens arrivés en même temps que moi sont déjà repartis. Je vois simplement un Raid Apte qui mange et je m’installe en face. Il s’agit de Romain Caillaud. Nous discutons un peu. Il n’était pas très bien sur cette première partie et visiblement je l’ai déposé dans la descente de la hourquette d’Alans.  Nous envisageons de repartir ensemble pour la partie suivante. C’est d’ailleurs ce que nous faisons.

Lecture

Luz Saint Sauveur (sortie) – refuge de la Glère : la bataille contre le sommeil

15km 1610 D+

Je repars avec de la marge, mais quarante minutes (que j’avais prévues avoir en rab) se sont évaporées. Devant moi, 1 610 mètres de montée et une nuit que je crois savoir gérer.

Surtout l’angoisse me saisit. Le profil de course affiché dans la salle est celui de l’an dernier avec la terrible première partie avant l’ascension finale de la Glère. Je m’inquiète. Puis je m’inquiète encore quand je vois que nous prenons le même chemin que les Ultras du 160. Je vérifie sur mon téléphone. Le profil de livetrail n’est pas le même. Très vite je constate que notre chemin diffère de l’an dernier. Premier ouf de soulagement. Vers Esterre, les 160 bifurquent. 2ème ouf de soulagement. Tellement peur de faire une Mika Dahéron1 ! Nous discutons en grimpant avec Romain. Il rencontre des difficultés à s’alimenter mais c’est pas mal revenu à Luz. L’ascension débute calmement. Il fait nuit car il est 3H du matin. J’ai prévu 6h d’ascension. Mais comme l’an passé, le sommeil me prend. J’avais prévu d’écouter de la musique, mais mon téléphone est presque à plat et je dois l’éteindre. Scheisse ! Clairement ça ne va pas. Le sommeil revient. Je zigzague. Mes yeux se ferment. Romain passe devant. Je songe à lui dire de partir sans moi. Je zigzague sur la route. La sensation est tellement absurde. D’un côté la sérénité et le relâchement du sommeil. D’un autre ce combat quasi désespéré contre les paupières qui se ferment de plus en plus  et de plus en plus longtemps. Les jambes marchent seules. Chacune chantant tour à tour : « Je marche seule ! »  Cela dure. Je suis en train de dire à Romain de me lâcher quand une coureuse nous dépasse à une allure folle. Je suis littéralement saisi par la différence de vitesse. Je me dis un temps que c’est une fille du relais 160 qui est perdue. Romain accroche. Pour ma part ça me réveille un peu. Je mange une pâte de fruit et remets en route. Ce n’est pourtant pas que le chemin est difficile. Dans le début d’ascension nous rencontrons des routes, des chemins de terre larges et carrossables. Nous commençons à nous engager sur un sentier monotrace. Je me décide à poursuivre ma stratégie d’alimentation de pâtes de fruits. Le sucre, le sucre, le sucre. Je me gave (5 ou 6 pâtes de fruit en 5h).  Je suis chargé en glucides. Une vraie canette de coca ambulante. Et pourtant ça suffit juste à me tenir éveillé. 

Le décor, bien que nocturne se fait de plus en plus minéral. C’est agréable aussi. Je me relance un peu et finalement, cette partie qui me faisait peur, je l’apprécie également. Elle est longue c’est sûr. Une ascension de 5h pour ma part c’est long. On veut voir la fin. On croit la voir mais non. Quelques lumières dansent au-dessus de nos têtes, là-haut, tout là-haut, loin loin dans la montagne. Je me fais la réflexion qu’il y a certainement 2 à 3h d’écart entre moi et ces lumières. Ce qui s’avère correct. Dans ces cas-là, seule la résilience est de mise. Il faut avancer sereinement, patiemment. Et surtout positiver. Pour ce faire, la montagne est fantastique. Les paysages sont exceptionnels. « Tu es en pleine nuit » me direz-vous. C’est juste. Mais la minéralité du lieu, l’abandon de soi-même à la solitude de la nuit… C’est tellement bon (pour un misanthrope comme moi). J’assiste au lever du soleil lors du dernier tiers de l’ascension. Comme à chaque fois, cela me redynamise un peu. Les couleurs sont splendides. Le rose se mélange au bleu nuit et au blanc des nuages. Je reviens sur Romain avant le refuge. Avec la lueur du soleil c’est franchement magnifique. Et finalement tellement, mais tellement moins dur2 que la partie Glère – Aygues Cluzes de 20193. J’arrive au refuge un peu affaibli. Je n’ai pas trop envie de manger. Il y a du vent très fort et frais. Je me force à prendre un bout de jambon. Je m’assois à l’intérieur. On me sert de la soupe. J’en reprends deux fois. Ça réchauffe et resale un peu le corps (après tout ce sucre). Le plein d’eau et zou. J’ai mis 5h au lieu de 6h dans le prévisionnel malgré ma phase d’endormissement. Reparti avec 1h d’avance à Luz j’ai de nouveau 2h d’avance sur les BH.

Refuge de le Glère- Tournaboup : retour sur la promenade

 8,4km 800 D-

Nous repartons avec Romain. Un autre de Raid Apte (Jérémy), un peu en difficulté avec un genou nous dépasse dans la descente. Je n’ai pas trop les jambes. Je m’endors à nouveau. Ahhhh brdl ! Nous alternons marche et trottinage jusqu’à ce que l’énergie revienne. La fin de la descente est davantage courue que trottinée et je me détache un peu de Romain. Nous nous ravitaillons. J’en profite pour une pause « technique » qui me permet de soigner également mes échauffements qui reviennent en force. J’applique la « méthode Romain Caillaud ». Un mouchoir crémé glissé entre les endroits qui s’échauffent. Je vous laisse imaginer. L’appétit est revenu et je tape dans tout ce qui traine. Je privilégie le jambon sec et le fromage, mais il y a aussi de la soupe, du coca, de l’eau, du chocolat… Bref je mange.

Je discute avec Romain. Selon lui, je serais en forme. Je lui propose de partir devant car il monte mieux que moi. Je pense qu’il me rattrapera. Au bout de 31 longues minutes (les toilettes étaient vraiment loin) je repars. J’ai mis 1h35 pour progresser de la Glère à Tournaboup, soit  5’ de plus que sur mon prévisionnel. Il est 10h45 après le ravito et j’ai encore beaucoup de marge sur les BH. Elles ne m’ont jamais inquiété. Mais elles sont mon point de repère. Je commence à penser que je pourrais mettre moins de temps que l’an passé avec Cyrille. Mais cette fois-ci en bouclant la totalité du parcours. Ça se met plutôt bien. De plus j’ai franchi les 100km. Il n’en demeure qu’une trentaine. Les grosses difficultés envisagées sont derrière moi. L’avenir immédiat s’annonce aussi radieux que le soleil matinal. Je suis alors 529ème, principalement par les abandons qui ont eu lieu devant moi.

Tournaboup – Refuge d’Aygues Cluzes : savourer l’instant

6,5km 695 D+

C’est l’esprit léger que je déroule gentiment sur le chemin vers Aygues Cluzes. La météo est excellente et les paysages toujours exceptionnellement beaux. Seulement voilà. Je n’ai pas dormi à proprement parler. Or, plus par confort qu’autre chose, j’envisage sérieusement une petite sieste. Je songe à notre parcours de l’an passé avec Cyrille. Je sais exactement où la faire. Je monte 5km et j’aperçois ce petit tapis de mousse, ombragé, à quelques pas de la rivière. C’est par-fait ! Je glisse mon sac sous la tête, casquette sur les yeux et je cherche le minuteur sur ma montre. Je l’enclenche pour 15’. Et je pars dans un sommeil détendu. Je dors comme un bébé et me réveille avant le bip de la montre. D’ailleurs… Mais ? Elle n’est pas enclenchée ? Mince. Combien de temps ai-je dormi ? Impossible de le savoir. Je me convaincs que ça n’a pas dû être long. A l’analyse ultérieure des données, l’ensemble de l’arrêt n’a pas duré plus de 12’. Finalement 10’ de sommeil qui furent des plus reposantes.  J’en termine avec l’ascension en moins de temps que prévu sur le prévisionnel. 2h50 de prévues et finalement 2h23-2h30 pour monter. Je fais le plein d’eau, grignote un peu et ça repart.

Aygues Cluzes – Hourquette Nère : de l’importance d’un défi débile sur un ultra

 2,1km 320 D+

A ce moment-là, je me fixe un objectif débile. Si je ne traine pas au ravito c’est que je veux mettre moins d’une heure pour boucler l’ascension suivante. Je repars sur les chapeaux de roues (en marchant quand même hein !). Je tiens un rythme du feu de dieu. Pas manqué. Au bout de 20’ je me sens las. Fatigué. Je m’assois et pose la tête sur les mains. Les yeux sont fermés. Ceux que je viens de passer reviennent. Je repars avant qu’ils me rejoignent. Bon rythme, j’attaque ! 10’ plus tard rebelote. Bon ça confirme que je suis un gros débile à ce moment-là de la course. Je termine tout de même cette ascension en 57’. Objectif atteint mais à quel prix. Je me maudits en riant intérieurement. Au final c’est bon signe. Je prends le temps de « jouer » sur cet ultratrail. Je m’amuse et me donne des objectifs. On n’est clairement pas dans le gars qui craint de ne pas finir ou qui pense à la défaillance. Posé en haut de la hourquette, j’échange avec les bénévoles présents. Je prends le temps de manger une pom’pote, une barre. Je pose ma veste pour y accéder et comme à chaque ravito, je réorganise l’accessibilité de mes pates de fruits ou pom’potes. Soudain un coup de vent fort embarque ma veste. Elle s’envole direction l’immensité de la montagne. Assis en tailleur avec des jambes de 105-110 km, la réaction est extrè-me-ment len-te. Heureusement le gendarme du PGHM bondit et rattrape 150€ qui souhaitaient se faire la malle. En discutant je demande au gendarme de signaler ma présence aux futurs bleus et noirs qui passeraient. Je vise clairement les sieurs Jourdain, Guillaume et Louis. Depuis les 2/3 de la section Tournaboup-Aygues Cluzes, les 1ers du 80km ont commencé à nous doubler. De même nous retrouvons les 160km qui, eux aussi, bien souvent nous double. Je chambre à distance en racontant au gendarme qu’ils sont forts lents et que je les attends.

Hourquette Nère – Restaurant des Merlans : entrer en compétition

8,3km 230 D+ 680 D-

De mon point de vue la suite est une longue promenade vers l’arrivée. J’ai d’ailleurs pronostiqué 3h pour effectuer les 8 prochains km. Je descends donc calmement. Les premiers 300m de descente sont un peu technique. J’essaie de trottiner mais la peur de tomber plus que le manque d’énergie me fait marcher. 1km ne s’est pas écoulé que j’entends Guillaume et Louis m’interpeler. Ahhh ça fait du bien. Quelle joie de revoir les copains ! Une joie intense, un plaisir décuplé. Les sensations d’un ultra. Content d’être seul, et mille fois plus heureux de revoir du monde. Alors quand ce sont les copains, et qu’en plus tu sais que eux, jouent une place… Nous nous tombons dans les bras les uns les autres. Nous ne tardons pas. Les 2 copains jouent actuellement le top 50 voire le top 30. Je trottine avec eux.

  • Alors ça va ?
  • Oui et vous ?
  • Au top. La fatigue, les jambes ?
  • Impeccable. Un peu raide mais rien de méchant. En pleine forme.
  • Ah c’est pour ça que tu marches ?
  • Ok j’essaie de vous suivre un peu.

Et ça repart sur les « vrais » chapeaux de roues. Et là je comprends ce que c’est que descendre. La vitesse de jambes, les appuis courts, ultra brefs et précis. Beuhhhh. Je tiens le coup 200-300m. Mais le cardio monte trop fort. En revanche… les quadriceps ça va. La réactivité et la prise d’appuis n’est pas exceptionnelle mais les guiboles répondent présentes. Alors pourquoi pas ? Comme dirait Montel : «  Alors peut-être… » Je me dis que je vais essayer de les garder un peu à vue, le plus longtemps possible. Puis je me persuade de poursuivre. Je prends les foulées des 1ers du 80 qui me dépassent. Je joue avec ceux du 160. Et j’y prends gout. Jusqu’ici, je gérais une arrivée. À partir de cet instant, je recommence à courir une course. Et au fur et à mesure je constate et savoure le fait que le paysage, certes magnifique, se déroule plus vite. Et c’est tellement agréable. Alors tout du long de cette sapinière je continue de dérouler dès que je le peux. Et je double des dossards verts (ceux du 120). C’est jouissif. Mon problème c’est que je me dis qu’il va falloir assumer. Assumer c’est-à-dire ne pas s’écrouler quand il va y avoir une bosse, une remontée vers les Merlans. Alors je continue. La remontée débute et j’essaie de rester le plus rapide possible. Je bascule en mode compétition.

Je croise Eliot Thomas, en vacances dans le secteur qui m’encourage. Je parviens à revenir sur un groupe dans lequel j’identifie plusieurs 120. Je suis puis double à quelques centaines de mètres des Merlans. Je devais arriver à 17h55, il est 16h20. J’ai presque 4h d’avance sur les BH. Je me sens en pleine forme. J’ai gratté 48 places dans cette section.

Merlans- Vielle-Aure (arrivée) : la prise de risque

Arrivé aux Merlans je suis motivé. J’ai pris goût à cette descente, à cette remontée et à cet état d’esprit nouveau, cette course qui se joue à présent. Alors je ne gagnerai pas. Mais c’est une course contre les autres, certes, mais aussi contre le temps, contre moi-même. Je ne calcule plus mais je pense bien que je suis entrain d’exploser mon prévisionnel. Et puis… peut-être vais-je être enfin capable de finir cette dernière descente en courant entièrement ? Ni sur le tour des Cirques 2019–2025, ni sur le Néouvielle 2017-2024, ni sur le tour des Lacs 2022, je n’ai jamais réussi à la courir entièrement. Mes cuisses m’ont toujours rattrapé avant. Donc la folie me prend, le Malin s’empare de mon corps et je ne réfléchis plus.

Vrrrrrr hiiiiiiiiii ! Entrée au stand ! Pit stop rapide. « Un coca s’il vous plait ! » Gloups « Un autre s’il vous plait. » Gloups ! VRRRRRRRRROUM !

Ravitaillement exprès ! Je fais des choix. Le premier c’est de faire une croix sur les 3H30 de descente en randonnée prévues. Je me dis que je vais courir et le faire en beaucoup moins. Donc je ne refais pas les pleins d’eau. Un peu dangereux car si je cours et que je prends un coup de chaud ou que mes jambes ne tiennent pas le coup, je mettrai plus de temps et j’aurai besoin de boire. Je ne mange pas. Je fais le choix d’un apport de glucides rapides avec le coca. Même bilan. Si jamais…. Si jamais ça pète … Je risque de manger cher.  Je repars du ravitaillement avec la durée la plus courte effectuée sur ce GRP pour moi. 45’’ seulement sur cet espace. Je débute la montée du col du Portet. Elle est ultra simple et agréable. Une piste que l’on chemine ou que l’on longe dans la pente herbeuse. Une montée régulière, sans pente extrême. Le sommet est visible. Il y a 175 mètres de dénivelé sur 1,5km et ça bascule.

Bâtons sortis. J’appuis. Je mets du rythme. Je me sens bien, fort. Mais… Mais j’aperçois une famille en randonnée qui remonte la pente également. 2 parents, 3 enfants, dont une petite fille qui avance, s’arrête, veut monter sur les épaules de son papa… Ahah j’imagine bien ce que ça donne. Ahah c’est rigolo quand ça arrive aux autres. Oui mais… Mais je ne les rattrape pas.  Allez pousser mon Pierre ! Je me retourne. Ça ne revient pas. Allez ! …Bon sang je les double enfin. Ah ben tiens la montée est finie. Quand je vous dis que je monte comme un plomb.

Le début de la descente, des 11km de descente est une piste de ski bien raide. Le parcours a changé et cela correspond à la fin de la montée au col du Portet que l’on effectue lorsque l’on se dirige dans l’autre sens. Petits pas, petits pas. Je tente de trottiner mais vraiment là, je fais attention. Je préserve pour la suite. Ce n’est pas très long. Enfin je déroule. Je pointe certains passages à 10 ou 11 à l’heure, en alternant avec de la marche quand c’est plus raide. Pour moi c’est dingue. Je me fais doubler, mais seulement par des coureurs du 80. Je cours ainsi sans discontinuer pendant 2km. Mais je n’aperçois plus aucun dossard vert. Je commence à perdre courage. Mais en parallèle je me dis que ceux que j’ai doublé avant les Merlans devront vraiment être très fort pour revenir sur moi. J’avise des spectateurs au 126ème km. « S’il vous plait, dites-moi qu’il y a un dossard vert devant, implorai-je.

  • Oui à une ou deux minutes
  • Deux minutes c’est long, répliquai-je.
  • Ça dépend… »

Cette motivation me pousse à essayer de continuer ma descente. J’atterris sur une partie bitumée et je pousse le curseur. J’atteins les 11.5 – 12km/h et je finis par apercevoir un groupe au loin. 80, 120, 160 ? je ne sais pas. Je relance et les double. Sur les 6 personnes j’ai la joie de constater que j’ai rattrapé 2 dossards verts.  Je pousse au moment de rentrer dans la forêt et double un dernier juste avant le monotrace.

Hélas… Alors que je compte bien mes km et que je pense avoir 3km à boucler, le bénévole avant la forêt m’en annonce 7 ! Raaaaahhhhh. A là ce n’est plus la même. Après avoir « assumé » mes dépassements, je suis dans l’obligation de ralentir dans le single joueur de la forêt. C’est rageant. Le monotrace est super agréable mais je n’ai pas la force pour des poses de pieds et des reprises d’appuis si vives. Je me retourne régulièrement, inquiet de me faire dépasser.

– Mais non, ne te retourne pas ! 

-Ah lala, s’il se retourne c’est que les jambes sont dures.

-Tout à fait mon cher Lolo. On le sait. Il faut rester concentré.

Après ce dialogue imaginaire de commentateurs de cyclisme, j’essaie de trottiner à nouveau. Je me fais violence et j’y parviens. Je reprends à courir. Et les centaines de mètres défilent. Mais que c’est long ! Je grignote encore un ou deux coureurs, à l’arrêt, moteur calé ou quadri explosés. J’avoue que je ne pensais plus rattraper personne. Mais le constat des coureurs cuits me rappelle qu’il est encore possible de griller du monde. Dans le dernier raidard avant Vignec je dois ralentir à nouveau car je crains mes appuis sur ce sol humide et fuyant. C’est le moment que choisissent Magalie et Yvan pour apparaître. « Tu vois je t’avais bien dit qu’il était suffisamment fou pour courir comme un timbré ! » annonce Magalie à Yvan. Et Yvan de reprendre : « Tu fais une grosse descente. Tu es en train de mettre 45 à 30’ à tous ceux qui sont passés avant toi aux Merlans. On regardait sur Livetrail. » C’est excessivement agréable de les voir à ce moment-là. Ca confirme aussi mes bonnes sensations. Je calme mes appuis et mon rythme mais leur présence à mes côtés démultiplie mon envie de finir en beauté. La joie de l’ultra et des sensations démultipliées. Yvan et Magalie me motivent sans le savoir. Je reprends très vite à courir avec eux à mes côtés et dépasse enfin des coureurs que je n’avais plus aperçu depuis l’entrée dans Luz Saint Sauveur. J’avale Vignec et déroule vers Vielle Aure à une vitesse que je ne soupçonnais plus pouvoir atteindre. C’est en essayant de suivre un concurrent du 80km qui me passe à 13-14km/h que je mon corps me raisonne à coup de pointe de côté. Je galope comme un dératé. Un autre concurrent du 80km me dépasse sur le chemin longeant la Neste. Je m’accroche, le rattrape et lui lance : » on fait le sprint ? » « Tu es sur ma course, me questionne-t-il » « Non ». Comme un cinglé j’accélère tout de même dans la bosse du dernier pont « d’autoroute » pour finir en sprintant à 3’25 au km. Je franchis l’arche en 35 h 20. Je ne grimpe toujours pas vite. Je ne suis toujours pas montagnard. Mais, pour la troisième fois, je suis arrivé.


  1. Dans un GRP précédent il avait pris le parcours de l’ultra au lieu du tour des Cirques et s’était vu disqualifié. ↩︎
  2. Le Compte-rendu du 220km de Pierre Jourdain en fait bien mention également. Si vous avez 2h pour le lire… c’est ici. ↩︎
  3. Je vous invite à relire le CR de Michaël Bouyer ↩︎

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