Comptes Rendus

CR MIUT

4h15, réveil pas simple; le manque de sommeil des dernières semaines n’aidant pas, ce réveil matinal rrrahh! C’est pas des vacances ça. Petit déjeuner à l’arrache dans la chambre, dossard ok, on fait les 200m qui séparent l’hôtel de la zone de départ des navettes (bien joué ça choix d’hôtel stratégique), et nous voilà dans le bus pour 1h20 de route. Il fait nuit noire, on retombe tous les 2 dans les bras de Morphée. Le réveil est marqué par le bruit de la pluie sur les vitres. Aïe la météo avait raison il pleut de 5 à 9h; mais là c’est pas la petite pluie fine, ça drache à bloc. Le bus se gare, et tout le monde fait mine de s’affairer ds son sac 🤔, personne ne descend. Bon au bout de 10´ le chauffeur nous dit qu’il doit repartir… bon ben on sort alors… ça ravine sur la route, les pieds sont mouillés et on est pas partis… 😱 ouf, y a une salle de sport, on peut attendre à l’abri.

7h, départ sympa, ambiance détendue, pas de grosse tête d’affiche sur le 85km, les élites sont avec Sebos sur le 115km, partis à 0h00. Épreuve du world trail tour.

Les premiers hectomètres se font sur route mais avec une grosse pente d’entrée de jeu, qui met tout le

monde d’accord: on marche. C’est toujours délicat ces débuts de courses où tout le monde allume et s’évertue à monter en courant pour gagner des places, ou pas en perdre. Même si ça ne se joue pas là du tout, on est tous compétiteurs mais bon on part avec Sandrine pour une vingtaine d’heures alors tu sais…

La première montée se passe plutôt bien, les bâtons sont de sortie, et à part 2 petits ralentissements sur 2 parties techniques, ça file; on est que 450 au départ donc c’est cool; mais on va vite rejoindre les 900 du 115; la première descente est très glissante et boueuse type les citadelles, on se dit avec Sandrine que le we choc au champ du loup à Chantonnay était bien vu. Mais 85 km comme ça ça va être chaud. On découvre les levadas, sorte de conduites d’eau à ciel ouvert, construites pour acheminer l’eau du nord est de l’Ile plus humide vers les terrasses cultivées du sud ouest. Et vu ce qu’il tombe, ça marche bien… ça a permi de faire des kms de sentiers de Rando le long de ces levadas. Mais quel boulot!!!

On rattaque une 2ème montée, plus sèche dans la forêt type salazie (rappel le MIUT est considérée comme une petite diagonale des fous, madère étant aussi comparé à la petite sœur de la réunion), avec comme à la réunion des marches, des marches et encore des marches.

La descente est facile et courte avec un peu de route et nous voilà au 1er ravito, km 12,8, 1200m de D+; plutôt bien passé mais on a tous les 2 trouvé ça long. 2h20, on est dans les clous, peut-être le fait de la pluie et du paysage plus que bouché. Mais l’optimisme est là d’autant que qq trouées de ciel bleu sont en vues. 10’ après on repart, mais c’est top on va pas finir affamé y a de quoi sur les étales. Petite descente, on discute avec quelques trailers du 115, qui ont eu bien froid, petite pensée à Sebos, est il devant ? Derrière? Affaire à suivre…

On aperçoit au loin les coureurs le long d’une descente de flotte, et finalement c’est bien le plus simple pour monter, dré dans le pentu ça va plus vite… plus vite pas sûr mais au moins le dénivelé en prend un coup. On est en file indienne, on monte donc tranquillou un coup à droite un coup à gauche de cette canalisation. Puis on s’en écarte et on commence à en prendre pleins les yeux. Les sections bien raides se succèdent à des parties plus roulantes, Sandrine est plutôt bien même si elle sent que ça va être long… à force d’entendre, « 85km facile pour toi t’en as déjà fait le double à la réunion », inconsciemment on se le dit peut-être aussi mais il faut qd même se les taper ces 85 bornes. Et Sandrine vu son taf cette année est moins affûtée que pour la diag.

                                     

Nous voilà donc en haut de cette deuxième ascension qui, la vue aidant s’est plutôt très bien passée. On suit depuis le début 2 traileuses qui envoient bien c’est top. J’ai pas allumé le portable depuis 10’ que Sebos m’appelle.

« Vous êtes où ? »

  • on est au sommet…
  • A oui t’es en rouge? Bouge tes bâtons?
  • Ouh Ouh Odile…

Sebos est juste là à 5’ devant en contre bas.

On le rattrape bien vite et on fait la descente ensemble. Pour lui comme pour nous ça casse un peu la monotonie de l’ultra (réf Yoann metay « en ultra, très vite tu te fais chier »). Sebos nous confirme que les 30 premiers km pour lui de nuit ds le vent puis la pluie avec des dénivelés de dingue, c’était chaud. Et comme une constante durant toute la course on se dit que vraiment d’un point de vue technique et pourcentage de D+, rien à envier à la diagonale des fous. Si ce n’est une ferveur inégalée pour nous, à la Reunion.

Et on arrive tranquillement au 2ème ravito, 15,6km, 800 de D+, en moins de 3h, on est toujours bien… si ça se trouve on va faire moins de 20h 👌

On retrouve Nathalie, la femme de Sebos et ses 3 enfants. Toujours agréable de voir des gens qu’on connaît.

A la sortie du ravito, contrôle des sacs et du matos obligatoire. Pas mal finalement, je trouve ça plus cohérent que à la remise des dossards. Bon seul pb, j’ai pas ma couverture de survie, j’comprends pas, j’étais persuadé que je l’avais… ni vu ni connu je chope celle de Sandrine et hop on repart; seulement 10,6km mais 1400 de D+. Il t’oblige en sortant du ravito à partir avec au moins 1l d’eau. On passe la première heure à monter descendre pour accéder réellement à l’ascension tant redoutée. Et on est servi; des lacets interminables dans une forêts d’eucalyptus avec très peu de visuel. Quand on sort un peu de cette forêt, la vue est top.

Et on retabasse dans la forêt. Petite hypo de Sandrine, on a l’impression de pas aller bien vite mais on double sans se faire doubler… c’est que ça doit aller. Petite pause, pom pote et ça repart… on arrive à une sorte de col, check manuel, et un panneau nous annonce pico ruevo 3,9 kms. Oups, ça calme on a fait que 6,5kms. Bon le top c’est que ça se dégage et que la vue , just waouh!!!

On aperçoit au loin la boule blanche de l’observatoire du pico Do Arieiro et Sebos comme nous ignorons si le ravito est à la boule blanche; mais ça semble déjà pas tout près à vol d’oiseaux… mais non un panneau annonce le refuge à 200m. Yes ! Nous y voilà, c’est petit mais tout y est même la cheminée. On repasse en long en bas, le short oui mais là dans le vent et les qq passages dans les nuages qui passent, c’est frais qd même. On s’est donné 10’, et on repart presque à regret tellement ce petit refuge cosy et chaleureux avec son feu de cheminée nous disait de rester. Qq trailers rendaient d’ailleurs leurs dossards. Comment rejoignaient ils la civilisation ??🤔 On ressort du refuge à un moment où le soleil est masqué par un passage nuageux furtif… Ouh là ça caille. On se remet en route pour ce qui va être le clou du MIUT. Pendant une dizaine de kms, ce n’est que montées raides descentes idem, escaliers dans la roche, escaliers métalliques, passages aériens de ouf, crêtes et tunnels (ou sinon ce n’était plus du trail mais de l’escalade). ÉNORME!!

C’était vertical,

C’était vertigineux

C’était véritablement magique, magnifique comme tu veux.

On arrive au picco Ruivo avec sa boule blanche, conscient de ce qu’on vient de prendre dans les yeux, et qq secondes plus tard on déboule dans un paysage plus du tout minéral ou rocheux, tout semble moins tortueux. Saisissante transition. Cette partie du coup moins spectaculaire rend la descente un peu monotone, mais le ravito avec les sacs de vie, et sa soupe avec des petits bouts d’émincés de poulet passent nickel. On traine pas car le vent n’est pas chaud; Sebos a fait vite et s’est allongé 5’.

Une descente puis une montée (la dernière presque 800m de D+) nous attendent… Sebos est un peu dans le mal dans cette descente, les tendons rotuliens et la rotule piquent un peu, normal non? Un petit manque de volume d’entraînement M Sebos? 🤔😱🤪

La 2ème partie de la descente se fait dans une forêt très jolie, avec des sentiers très agréables; Sandrine envoie du lourd et Sebos nous laisse partir; on se dit qu’il va nous reprendre dans la montée ; et c’est ce qui se passe à mi ascension, voilà notre pote Sebos, toujours le bout de la langue sortie, dans sa marche inexorable vers l’arrivée. Rien ne semble pour voir l’empêcher d’aller au bout. Même si les 25kms de descente pour finir l’inquiète un peu, Sandrine aussi d’ailleurs. On sort la frontale à 10’ du ravito; on recharge les batteries, petits strap pour les genoux de Sebos, et on repart bien vite. On laisse Sebos en famille, c’était l’objectif depuis qq heures, nous accompagner jusqu’à ce ravito où les enfants de Sebos sont là pour le rebooster.

On est à 60kms, avec le total de D+ enquillé 4400m. Normal d’être un peu entamé là.

Cette descente de 25km pour seulement 1300 de D-, est on l’espère pour se rassurer un minimum roulante; la faire en trottinant ou la faire a 3km/h, c’est pas la même. On a toujours entre 3h et 3h30 d’avance sur les barrières horaires, (avance qui n’a guère évoluée depuis le 25ème km), donc pas de soucis pour ça mais histoire de dormir un peu à l’hôtel avant de rendre les clés.

Et on repart, avec une Sandrinette survoltée… c’est hyper roulant et ça envoie. Les 25km sont découpés en 3 parties; 8km, ravito, 5km, ravito, et 12 derniers avant l’arrivée.

Ça fait 50’ qu’on descend bien et là c’est le drame. La BIT de Sandrine vient de se    réveiller. Et brutalement. Ça faisait qq années qu’elle n’avait pas eu de pb de BIT…(ah oui BIT entendez Bandelette Ilio Tibiale, appelé plus vulgairement syndrome de l’essuie-glace, syndiqué tout coureur connaît une fois dans sa vie??  Ça devrait pas car dans la grande majorité la cause est une mauvaise quantification du stress mécanique (cf conférence Kiss n’est ce pas 😜👍)

Donc là gros moment pas top:(

D’abord parce que ça fait bien mal dès qu’elle plie le genou, +++ en descente

Et dans la tête, « oui on va mettre trop de temps! Et puis tu m’attends j’aime pas ça !!!! Et on n’arrête pas de se faire doubler par tous ceux (et celles 😱) qu’on venait de dépasser…)

Bon là on a perdu Sandrine… on met donc 1h15 pour les 8,5kms, et tout l’art pour Sandrine est de trouver des astuces pour pouvoir avancer sans plier le genou… facile tu dis? Oui sur piste cyclable… mais sur chemin caillouteux et descente à fort dénivelé pas simple…

On strappe, on boit et on repart…

un bol de soupe et un verre de coca à chaque ravito, parti avec 2l dans le camel, bu 1,5l… qd je vois Sebos qui recharge en eau à chaque ravito, chaque organisme réagit bien différemment dans l’effort.

La falaise dans la nuit…
La même falaise…de jour!

Je ne me souviens plus trop de cette partie, si ce n’est que Sandrine fait preuve de beaucoup de courage, et finalement sur les parties plates, on avance en marchant d’un bon pas. Cette fin de partie descend fortement sur qq hectomètres ; Sandrine galère mais en y allant tranquille ça passe. Dernier ravito, on traine pas; je change de frontale (oui mon frère j’ai vraiment un pb de fontale ) une petite soupe, une petite… ah non pas encore, reste 12kms. On en passe plus de la moitié dans un décor hallucinant, à flanc de falaises, sur un sentier taillé dans la roche… magique de nuit, (d’autant plus que les bénévoles se sont amusés à accrocher plus de 500 m de guirlandes avec des centaines d’ampoules, féerique) magnifique de jour.

On bifurque plein sud, petite montée et on aperçoit au loin des lampadaires de ville. Machico ??? Pas sûr

On avance d’un bon pas, même si Sandrine râle intérieurement chaque fois qu’on se fait doubler… quelle compétitrice…ou quelle chieuse… c’est vrai que ceux qui font ce genre de course le savent bien, qd l’arrivée est en vue, les jambes sont plus légères et on se remet à courir comme si de rien n’était.  Enfin presque…

Virage à gauche, on aperçoit la mer, et là bas oui c’est ça c’est le gris bâtiment hideux de l’hôtel… youpi on y est. Reste 3 bornes à s’avaler, le long d’un levada qui n’en finit pas de couler. Oups descente bien bien raide à l’horizon. « Même si je dis je serre les dents et je laisse aller, pas possible, trop douloureux » ;  tu m’étonnes !! On prend le temps et ça passe. Les derniers mètres sont une formalité tant qu’on marche; et nous voilà main dans la main passant la ligne avec toujours ce même sourire et cette agréable sensation d’avoir vécu un moment fort partagé. Même si c’est toujours un peu long, un peu dur et/ou on se demande par moment « qu’est ce que je fous là », le sentiment à l’arrivée est irremplaçable et mieux que ça, dans les jours qui suivent, le bonheur d’avoir fait ça tous les 2 avec ma petite femme chérie s’amplifie.

Donc parce que c’est beau à couper le souffle

Parce que tu vois la mer de part et d’autre de l’île

Parce qu’il y a une multitude de sentiers différents

Tu peux noter dans tes projets de vacances l’île de madère

Et si en plus tu aimes le trail, le MIUT tu t’inscriras.

2 réflexions au sujet de « CR MIUT »

  1. Merci Sandrine et Guillaume (à priori surtout lui) pour ce CR qui me rappelle un fort sympathique trail (bien que non finisher !). j’ai trouvé une « coquille » dans ton CR quand tu évoques « le pico Ruivo avec sa boule blanche… », c’est en fait le pico do AREIERO…! La majorité de tes lecteurs ne sont pas encore allés à Madère…mais tu les auras fortement incités à s’inscrire pour l’an prochain… et c’est vrai que c’est une chouette destination trail et vacances ! Bravo à tous les 3. Michel DUCEPT

  2. félicitation a vs la famille Jourdain et a toi « mon gros », chapeau.vs etes de super finishers, bonne récup à vs ts et en core un grand bravo.

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